08/05/2011
L'angoisse des quarante ans - ou savoir pourquoi et comment changer
Autant le dire tout de suite : je n'ai pas encore quarante ans et j'en suis assez même loin ; mais si je prends ma plume, c'est suite à une discussion avec un collègue. A table, devant une assiette de carpaccio, j'évoquais avec lui, l'arrivée et le départ précipité d'un ancien salarié, il y a quelques années. Effrayé par les nombreuses connaissances à acquérir (Linux, la sécurité informatique, les firewalls, la crypto, les châssis multi-lames, etc...), il avait préféré retourner dans son ancien métier et avait démissionné 3 mois après son arrivée. A l'écoute de cette histoire, mon collègue, avec un aplomb inébranlable, m'a dit :
« A quarante ans, on ne change plus ».
Depuis, cette phrase trotte dans mon esprit, et m'inquiète. Elle insinue qu'après avoir grandit (0-20 ans), s'être formé (16-25 ans), avoir trouvé une métier (20 – 30 ans), avoir eu des enfants (25 – 35 ans), on arrive à l'âge de quarante ans avec la certitude d'avoir atteint une certaine maturité. Qu'on peut profiter de ses acquis et ne plus faire d'effort sur soi pour continuer à changer.
Je vais tenter d'analyser cette idée et in fine de l'exorciser. Tout d'abord, pourquoi devrait-on changer ?
La mondialisation et l'accélération des progrès des techniques de communication et de l'information conduisent notre époque à être en constante mutation. Tout bouge, tout change et nous sommes dans une compétition globalisée... C'est même un lieu commun que de l'écrire. A titre d'exemple, Facebook a été créé en 2004 à partir de 1 000 $. Ce réseau social possède désormais 500 millions d'abonnées – au moment où vous lirez ces lignes, le chiffre aura encore évolué ! C'est la troisième nation du monde, alors qu'il y a à peine 7 ans, c'était un petit village d'étudiants de Harvard (voir Facebook). L'explosion de ce site Internet illustre, à mes yeux, la force fantastique des entreprises innovantes et internationales.
Dans ce contexte, les métiers répétitifs et manuels sont depuis longtemps délocalisés. La Chine est, selon l'expression consacrée, l'usine du monde. Mais leurs qualités professionnelles et leur niveau d'éducation, vont conduire les pays dit émergents à occuper une part toujours plus importante dans des métiers jadis impossible à délocaliser. Les réseaux d'entreprises sont gérés en Inde, les centres d'appels commerciaux opérés depuis le Sénégal ; il est aussi possible d'aller se faire opérer de sa myopie en Russie ou refaire son implant dentaire en Tunisie... Croire que la mondialisation n'affecte que les cols bleus serait une grave erreur.
Ainsi, pour faire face aux B.R.I.C.S, nos entreprises, nos métiers et donc nos emplois devront-ils changer. Ils évolueront vers l'innovation, le design, la créativité ou la prise en compte de problématiques sociétales comme l'écologie, le vieillissement de la population occidentale, la santé ou encore l'éducation.
Oui, changer sera donc une nécessité... mais pas forcément une chose aisée.
Au niveau de son propre comportement, changer est avant tout un travail sur soi pour chercher à se dépasser. Ce sont des efforts constants pour corriger se défauts. Par exemple, un défaut que je constate régulièrement dans mon domaine d'activité est la procrastination :
La procrastination est la tendance à remettre systématiquement au lendemain quelques actions . Le procrastinateur, n’arrive pas à se « mettre au travail », surtout lorsque cela ne lui procure pas de satisfaction immédiate. (source Wikipedia)
La majorité d'entre eux se reconnait ce défaut. La plupart aimerait y remédier et s'engage généralement à le faire... mais ils échouent faute d'un travail conséquent et quotidien sur eux-même. Modifier son comportement n'est donc pas facile.
Au niveau de ses connaissances, notre époque fournit à tous un outil quasi gratuit, permettant d'élargir le spectre de ses connaissances : Internet. Le nombre de vidéos éducatives est considérable. Elles sont disponibles à portée de souris, pour tous. La tendance est à la publication massive des supports de cours et de conférences vidéos.
Côté académique, on notera par exemple :
-
http://www.academie-en-ligne.fr, les cours du CNED (Education Nationale) du CP à la Terminale
-
http://graduateschool.paristech.fr, les cours des écoles d'ingénieurs de Paris (Mines, Polytechnique, Telecom, etc...)
-
http://www.diffusion.ens.fr, les conférences de l'école normale supérieure
-
http://www.canal-u.education.fr/, de nombreuses vidéos de bon niveau
A l'international, il existe l'inévitable Open Courseware (http://www.ocwconsortium.org) ou encore le MIT Open Courseware (http://ocw.mit.edu).
Côté débat d'idée on citera l'excellent site TED (http://www.ted.com).
Il apparaît donc que, non seulement il faut changer, mais que c'est possible ! A condition d'y travailler, d'y consacrer du temps et de la volonté.
La petite phrase de mon collègue avait déclenché en moi une interrogation. Sans chercher à être prétentieux, je crois qu'il se trompe. Mais pour le savoir, je vais devoir attendre encore quelques années....
Merci à tous pour vos commentaires !
16:44 Publié dans Agile & Lean Management | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : quarante ans, apprendre, lean, evolution
Commentaires
Laurent,
Il est d'autant plus facile de changer que notre cerveau le permet.
Les récentes études en neurosciences ont mis en évidence la plasticité neuronale du cerveau.
Cette plasticité, contrairement à ce que l'on a cru pendant des siècles, permet à l'être humain d'apprendre tout au long de sa vie et non uniquement pendant sa jeunesse.
Salutations.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Plasticit%C3%A9_neuronale
http://www.neuroplasticite.com/concept-anatomo-physiologique/neuroplasticite/definition.htm
Écrit par : Didier | 09/05/2011
Répondre à ce commentaireBonjour Didier
Merci pour ton commentaire.
Dans la meme veine, je te recommande "I am my connectome"
http://bit.ly/gKsD8o (ted.com)
Laurent
Écrit par : Laurent Hausermann | 09/05/2011
Répondre à ce commentaireLorsque vous dites: "elle insinue qu'après avoir grandit (0-20 ans), s'être formé (16-25 ans), avoir trouvé une métier (20 – 30 ans), avoir eu des enfants (25 – 35 ans), on arrive à l'âge de quarante ans avec la certitude d'avoir atteint une certaine maturité", - je crois qu'elle n'insinue pas tant, et que vous entrez tout simplement dans une méditation morose ou un délire interprétatif ;-)
Bien sûr, je n'ai pas assisté à votre conversation. J'en ignore le contexte, et les représentations et les âges des collègues dont vous êtes. Mais votre phrase, en revanche, est plus inquiétante que la formule initiale.
S'il faut l'exorciser, j'applaudis l'exercice, mais pour qu'il soit tranquillisant (ou anxiolytique), il va falloir changer de représentation sur les âges de la vie !
"S'être formé (16-25 ans)": ça, c'est de la formation à la française!
"Avoir trouvé une métier (20 – 30 ans)": ça, c'est encore très franco-français et encore vieille époque !
"Avoir eu des enfants (25 – 35 ans)": là, cet "avoir eu", c'est carrément has been! Procréer, la grande affaire! Et pourquoi pas à 20? D'autres le font. Et pourquoi pas 65? D'autres le font bien!
Attention, ne vous méprenez pas sur le cinglant apparent de mes propos: j'aime beaucoup votre billet, mais je le trouve insidieusement conformiste, normalisateur, moralisateur. Il y a plus de possibles dans la vie d'un homme que de se couler dans le moule, le troupeau et les autoroutes... On rentre toujours trop tôt dans le rang, on n'en sort toujours trop tard. Il suffit d'oser, je vous assure: c'est l'audace qui manque!
Pour en revenir à la formule intiale: « A quarante ans, on ne change plus », j'ai entendu la même blague à 20 ans. La même à 30, 50, 60 et maintenant que j'en ai 70, elle me fait toujours... soupirer. Je vois des adolescents de 17 ans qui, en ce cas, en ont quarante: ils jurent qu'ils sont comme ça, qu'on ne les changera pas, et le fait que le dogmatisme frise le gâtisme. La sclérose cérébrale n'a pas d'âge. Picasso disait je crois qu'on met longtemps à devenir jeune. (Il est vrai que Picasso était un génie, moi non, - et alors? ;-)
Bien à vous, Laurent, et bonne chance !
Écrit par : Louis Dreches | 15/05/2011
Répondre à ce commentaireMerci Louis pour votre réponse vive et argumentée !
Moi aussi, j'aime la vigueur des propos.
Laissez moi préciser mon idée initiale : quand je dis "insinuer" ("(Figuré) Faire entendre adroitement, faire entrer dans l’esprit." selon http://fr.wiktionary.org/wiki/insinuer), je tentais justement de souligner le caractère insidieux et conformiste d'une idée qui "endort" tranquillement les esprits.
Mon but initial était bien de forcer les traits en rajoutant "des tonnes". J'ai du loupé en partie mon effet, vu votre réaction vive :-)
Nous sommes bien d'accord : l'idée que la vie serait un parcours tracé d'un point de départ à un point d'arrivée est complètement absurde. Reste que cette idée rassure les angoissés et apaisent leurs craintes car elle se renforce des dogmes et des certitudes qu'elle apporte.
Le plan seul plan valable est de ne pas en avoir mais de conserver sa mobilité (intellectuelle, professionnelle, comportementale, etc..)...
Bref, si je prône l'agilité à chaque coin de billet, ce n'est pas -- du moins j'espère -- pour "insinuer" des idées conformistes !
N’hésitez pas à me remonter d'autres commentaires sur les autres billets (voir sur la droite les "Notes Récentes")
Écrit par : Laurent Hausermann | 17/05/2011
Répondre à ce commentaireBonjour Laurent et merci pour ce bel article.
Qui "résonne" forcément quand on a 40 ans. Et merci pour les commentaires qui l'enrichissent. Agile, mobile, connectés, ouverts, poreux et curieux...voici des valeurs que la technologie devrait nous inspirer... C'est une nouvelle culture. L'industrie de masse nous a fait nous sentir "jetables" et "périmables", les nouvelles technos sont un défi à notre "durabilité".
Je parle de vous sur mon blog lundi prochain.
Écrit par : Marie Ben | 06/06/2011
Répondre à ce commentaireBonsoir Marie,
Merci beaucoup pour ce commentaire.
Si je peux me permettre, c'est agréable de recevoir les félicitations d'une "spécialiste" du domaine :-)
Je suis curieux de vous lire Lundi prochain.
Laurent
Écrit par : Laurent Hausermann | 06/06/2011
Répondre à ce commentaireBien sûr qu'il se trompe !
Après 40 ans, ce qui est surtout dur c'est d'arrêter de changer pour se stabiliser quand on a des enfants ! Et cela aussi c'est du changement. C'est ce que je dis dans mes conférences agiles aux "cadors du changement".
Avant d'avoir expérimenté cela dans la douleur, j'avais un petit côté supérieur face aux "résistants". Maintenant, je estime être plus légitime pour en parler et comprendre les enjeux humains.
Quant à "changer pour survivre", si c'est cette idée, conclusion est le résultat d'un 5 whys "pourquoi dois-je changer ?", j'inviterais, en tant que coach agile, les personnes à CHANGER leurs cadres de référence et à s'interroger sur ce qui les entraînent à penser ainsi.
Un grand merci pour ton billet et les références des sites.
Écrit par : Thierry | 04/08/2011
Répondre à ce commentaireMerci Thierry pour ton commentaire.
Je crois que tu pointes du doigt un des freins au changement : les références, les valeurs des uns et des autres sont bien différentes. Elles viennent de notre éducation, de nos expériences, de nos convictions politiques ou encore de notre famille.
Pour "changer", il faut parfois "juste" changer ces valeurs. Les actions qui en découlent, deviennent ensuite triviales... même pour les plus réfractaires au départ.
N’hésites pas à revenir animer le blog avec des commentaires.
Laurent
Écrit par : Laurent Hausermann | 04/08/2011
Répondre à ce commentaireÉcrire un commentaire