21/12/2008

De la vie privée et de la sécurité à l'ère numérique

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, je vous recommande de découvrir Bruce Schneir. Ce scientifique (cryptologue reconnu) est une des références en matière de Sécurité informatique. J'écris Sécurité avec un S majuscule, car ce qui frappe chez cet auteur américain, c'est la vision généraliste et transversale qu'il apporte.

Il est possible alimenter des pages et des pages avec du contenu technique et M. Schneier le fait dans des livres techniques. Mais il est aussi aisé de voir les problématiques de sécurité dans l'actualité (parfois tragique) : des attentats ignobles de Mumbai aux décisions - parfois incensées - des états, Bruce Schneier porte un regard pointu et toujours plein de bon sens. Car comme il aime le rappeler, "security is a trade-off" (la sécurité est un compromis) et chaque décision visant à augmenter le niveau de sécurité, pèse aussi sur le budget de nos états et sur nos libertés individuelles.

Ainsi, son dernier billet (Why Obama Should Keep His BlackBerry -- But Won't), nous montre que l'ère numérique, dans laquelle nous entrons, risque de révolutionner nos habitudes. Voilà une petite quinzaine d'années que nous chatons sur IRC ou MSN et que nous envoyons emails et SMS. Nous apprécions ces nouvelles façons de communiquer car elles sont rapides, simples et permettent d'échanger et de travailler en abolissant les frontières du temps et de l'espace.

Mais nous oublions une chose cruciale : nous laissons des traces ! Les conversations de couloir, les coups de fils d'antan ou les déjeuners d'affaires sont éphemères et la parole échangée est nuancée par le son d'une voix ou la mimique d'un visage. Ces éléments de communication non verbale ne peuvent pas passer par l'écrit.

Or, un email est un texte avant tout. Un texte où le sens des mots s'exprime sans nuance et où le lecteur peut trouver mille raisons de s'offusquer, de se choquer ou de trouver dans ce texte des attaques personnelles...Le cardinal Richelieu disait même : "Qu’on me donne six lignes écrites de la main du plus honnête homme, j’y trouverai de quoi le faire pendre.".

En format numérique, stocker des emails ne coûte presque rien - regardez les tarifs d'Amazon S3 en pensant qu'un GB permet de stocker environ 1 million d'emails ! - et rechercher dans des volumes gigantesques est désormais une technologie maitrisée. Un état, une entreprise ou une organisation criminelle utilisent ces capacités pour assurer tantôt la sécurité, tantôt pour commettre des crimes.

On comprend donc que si la technologie nous libère, elle crée des usages et des menaces qui nous dépassent lorsque nous nous l'approprions. Notre société, nos cultures et nos lois devront s'adapter à cette nouvelle réalité et offrir des garanties aux citoyens tout en les protégeant ! Quel délicat compromis !

 

 

 

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